Huon de Bordeaux
Geste
Huon de Bordeaux:
Numérisation de l'édition de Guessard de 1860
sous la direction de
Jean-Baptiste
édition numérique
Ella Duréault
édition numérique
Axelle Janiak
édition numérique
Armâne Magnier
,
, éd. par
François
Guessard
,
Charles
Grandmaison
,
Huon de Bordeaux:
Chanson de geste
F. Vieweg
Paris
1860
A ces . iii . pons que là devant trovas, Puisqu’ies de France ne nos Dix ne crois pas . Par Mahommet, qui tot fist et forma, Saces de voir que moult petit t’ama Qui ce vert elme en ton cief te laça ; S’adont te vit, jamais ne te verra, Et s’il te voit, grans pités l’en prendra . Puis que la feste saint Jehan commença, Li amirés moult bien le commanda, [ fol. 165 ] Nus hom vivans, qui armes portera, Dedens me porte, par mon cief, n’entera . Li . iii . portier qui gardent par delà, Quant t’i laissierent, chascuns le conperra . Quant t’ieres outre, caitis, que devenras ? Bien sai de voir l’amirés t’ocira . — Tais, glous, dist Hues, mal ait ki t’engerra ! Vois quele enseigne je te mosterai ja » Il prist l’anel, contremont le leva . Quant chil le vit, moult très bien connut l’a ; Isnelement le porte desfrema . Hues i entre, li portiers l’acola ; Plus de . xx . fois le ganbe li baisa . Sire, dist il, bien ait qui vous porta . Je vous afi, ne vous esmaiiés ja, Que l’amirés nul mal ne vous fera ; Se veus sa fille, pour voir le te donra . Que fait nos sire ? quant venra il deçà ? — Vasal, dist Hues, jamais n’i pasera, Et s’il i vient, maufés l’aportera » Atant se teut et outre s’en ala . A lui méismes l’enfes se dementa ; Après a dit : « Damediex m’aidera . Bien sai de voir diables m’encanta Quant je menti à ce pont par delà » Dès ore a Hues les . iiii . pons pasés . Quant il fu outre et il fu aroutés, Dont pert le voie du grant palais listé . Ens ou vregiet l’amiral est entré ; Dix ne fist arbre qui péust fruit porter Que il n’éust ens el vregiet planté . Une fontaine i cort par son canel ; De paradis vient li ruis sans fauser . [ fol. 166 ] Il n’est nus hom qui de mere soit nés, Qui tant soit vieus ne quenus ne mellés, Que se il puet el ruis ses mains laver, Que lues ne soit meschins et bacelers . Hues i vint, d’encoste est arestés ; Ses mains lava et but de l’aige asés . S’est la fontaine à l’amiral Gaudis ; Li ruisiaus vient del flun de paradis . Dix ne fist feme, tant ait fait ses delis, Que, s’ele boit de l’aige . i . seul petit, Ne soit pucele comme au jour ke nasqui . Hues i fu, li damoisiaus de pris ; Ses mains lava, deseure s’est asis . Sele fontaine, . i . serpent le gardoit ; Ja nus mauvais n’i metera le doit Qui soit traïtres ne qui fause sa loit, Et s’il i vient, il est mors orendroit . Hues i vint, li serpens l’enclinoit Par le vertu del haubert qu’il portoit ; De l’aige but, ses blances mains lavoit ; Ore oublia chou que faire devoit . Hues fu ens, el vregié est entrés . A le fontaine Gaudise l’amiré Li bers i fu asis por reposer ; Là se demente, tenrement a ploré : Hé ! Dix, dist Hues, et car me secourés ! Hé ! Auberon, comment esploiterés ? Faurés me vous, u vous me secorrés ? Jou le sarai, par sainte carité » Il prist son cor, s’a tenti et sonné Tant hautement et par si grant fierté [ fol. 167 ] Li sans en saut et par bouce et par nés . Auberons l’ot dedens le gaut ramé : Ha ! Dix, dist il, j’oi . i . larron corner, Qui a menti au premier pont passer ; Mais, par chelui ki en crois fu pené, Il puet asés et tentir et sonner, Ja n’ert par moi secourus ne tensés » Et l’enfes Hues ne cessa de corner . Li amiraus ert asis au disner ; Chil ki servoient du vin et du claré, Au son del cor commencent à canter, Et l’amiraus commença à baler . Ses hommes a erroment apielés : Baron, dist il, à moi en entendés : Cil qui là corne, en cel vregier ramé, Il est venus pour nous tous encanter ; Je vous commant, sor les membres coper, Tantost que chil a laissié le corner, Que vous ailliés fervestir et armer : S’il vous escape, tot sommes engané » Quant or voit Hues nus nel vient viseter, Le cor mist jus, se laissa le corner ; De ses biaus iex commença à plorer . Quant or voit Hues c’Auberons ne verra, Saciés de voir moult grant duel demena : Hé ! las, dist Hues, cis caitis que fera ? Ma douce mere jamais ne me verra !
urn:cts:froLit:geste.jns5740.ed_GuiBourgG
Citer cet extrait:
Huon de Bordeaux:
Numérisation de l'édition de Guessard de 1860
sous la direction de
Jean-Baptiste
édition numérique
Ella Duréault
édition numérique
Axelle Janiak
édition numérique
Armâne Magnier
, dans
Geste: un corpus de chansons de geste , dir. Jean-Baptiste Camps, avec la collab. d'Elena Albarran, Alice Cochet & Lucence Ing, Paris, 2016-…, CC BY-SA, URN: urn:cts:froLit:geste.jns5740.ed_GuiBourgG, en ligne:
https://dev.chartes.psl.eu/elec/geste/text/urn:cts:froLit:geste.jns5740.ed_GuiBourgG/passage/5501-5600